UN FILM DOCUMENTAIRE DE LEÏLA MOROUCHE ET ORIANE BRUN-MOSCHETTI

2007 | 114 min. / 90 min. | Digital Betacam | Pal | 4:3 | Stéréo / 5.1

Produit par l'ASSOCIATION PLAYTIME | Distribué par LES MUTINS DE PANGEE | Disponible sur le catalogue de l'ADAV

CRÉDITS

Image : Julien Leslé, Ahlem Aussant-Leroy & Damien Marguet

Super 8 : Leïla Morouche

Son : Ludovic Élias & Guillaume Bouillé

Régie : Ali Brahimi, Taïeb Djazouli & Abdelnour Ziani

Techniciens du CDC & Chauffeurs Omar Djemaï, Aïssa, Malek & Chouchou

Direction de post-production : Orlan Roy / Vita Violenta

Montage : Ishani Flahaut, Leïla Morouche & Oriane Brun-Moschetti

Mixage : Charlie Van Der Elst / Farra Vox Studios

Étalonnage : Sébastien Koeppel

Conformation : Ishani Flahaut & Valentin Baillet

Photographies : Hassan Mezine

Musique originale : Marc Ulrich (© 2006 Marc Ulrich / Bacano Éditions)

Oud : Ahmed Khelifa

Basse : Térence Meunier

Guitare : Marc Ulrich

Traduction Arabe-Français : Malik Zouaoui

Tradution Français-Anglais : Richard Lewis

Sous-titrage Anglais : Marc Ulrich

Algérie Tours/Détours a été soutenu par :
L'Ambassade de France à Alger
L'Ambassade d'Algérie en France
Le Ministère des Affaires Etrangères français
Défi Jeunes 93,
Le Centre de Diffusion du Cinéma en Algérie (CDC)
La Cinémathèque Algérienne
Air Algérie
Les Wilayas de Béjaïa, Biskra, Tebessa et Tizi Ouzou.

Avec l'aimable coopération de :
High Fun (Paris)
Atelier Jeunes Cinéastes / AJC! (Bruxelles)
Ministère de la Communication et de la Culture algérien
Association Project'heurts (Béjaïa)

Nous remercions chaleureusement :
René Vautier, Soazig & Moïra Chappedelaine-Vautier
Nicole Lefour
La famille Djazouli
Ali Brahimi
Lyès Semiane
Boudjémâa & Mamou Karèche
Khadra Boudehane
Fatah, Mouzahem & Lyès
Samira & Himour
Farid & Mme Inal
Lotfi & Rabah
Aldo Herlaut & Hachemi (CCF)
L'hôtel Samir (Alger)
L'Association Lumières
Amel & Nadia de Tebessa
Mohamed Slimani
Mouna, Soueïla, Soulef & les rappeurs de Biskra
Tahar Safir (Studio d'enregistrement de Biskra)
Fayçal Abdelaziz
Mme Tedjini
René Tredez
Hélène Phan Vam
Véronique Ruggia
Pierre Vinour & Aurélie Bordier / Les Enragés
La Rôtisserie
Philippe Faucon
Pascaline Culminique
Jérôme Javelle
Johnny Mc Load du Babel
Karim Bensalah
Laïla Loste
Julien Sigalas / Stempel films
Leïla Albayaty
Christine Gillard (AJC! Bruxelles)
Charline & Jean-Pierre Brun, Ralida Mérah
François Rocha Da Mota & Giancarlo grande Pàlé Films / Pirates à l'Écran

Algérie Tours/Détours - Visa n°117534

SYNOPSIS

Nous partons en Algérie en compagnie de René Vautier, cinéaste militant, considéré là-bas comme le papa du cinéma algérien. Témoin de la guerre, de la naissance et de l'âge d'or du cinéma en Algérie, il nous permet de replonger dans l'histoire pour mieux comprendre la situation actuelle du pays sur le plan du cinéma. Son regard se conjugue à ceux de différents professionnels du cinéma, d'hier et d'aujourd'hui, et de divers spectateurs. Nous re-créons le dispositif de projections itinérantes des ciné-pops, qu'il a mis en place au lendemain de l'indépendance, dans des villes qui l'ont particulièrement marqué. Avec un ciné-bus, nous allons sillonner le pays pour projeter des films sur la guerre d'Algérie et discuter avec les spectateurs. S'en suivent des discussions animées avec les publics, abordant la situation politique, l'histoire, la jeunesse, les conditions de vie des hommes et des femmes.

Il s'agit d'un premier long-métrage (1h54), tourné en vidéo, dans un contexte particulier, celui d'une Algérie qui sort de dix années de terreur, et qui voit peu à peu renaître ses institutions culturelles.

SUR LA ROUTE DES CINÉ-POPS

Ce projet est né suite à notre rencontre avec René Vautier. Ami de longue date de l'Algérie, ce cinéaste témoin du conflit armé dans les maquis de l'Armée de Libération Nationale est l'initiateur du Centre Audiovisuel d'Alger crée en 1962. Il forme alors la première génération de cinéastes et de techniciens Algériens. À la même époque, il crée le dispositif de projections-débats itinérant des ciné-pops. Cette rencontre nous a donné l'envie de partir avec lui en Algérie à la fois pour réveiller des moments du passé et prendre la température actuelle du pays.

L'Algérie a marqué à jamais sa vie d'homme et de cinéaste. Découvrir avec lui l'Algérie d'aujourd'hui, c'est à la fois renouer avec un passé dont il fut un témoin crucial et s'interroger sur l'actualité. Nous retournons avec beaucoup d'émotion sur les lieux où il a vécu et travaillé. Quelles traces en a-t-il gardées ? Quelles transformations le temps a-t-il opéré ? Que sont devenus le Centre Audiovisuel de Ben Aknoun ? La Casbah, théâtre principal de la Bataille d'Alger ? La Cinémathèque Algérienne ?

Si notre film permet de cerner l'implication et l'impact de ce cinéaste pendant la guerre et après l'Indépendance, c'est surtout l'occasion de faire revivre le dispositif des ciné-pops dans des villes qui ont compté pour lui : Alger, Bejaia, Tizi Ouzou, Tébessa et Biskra. Nous avons choisi de passer des films du répertoire algérien car montrer ces films permet de tester la résistance, le sens et l'impact des images face au temps, suivant les régions et les générations et de capter la sensibilité, le vécu et l'intérêt des spectateurs. Dans chaque ville et pour chaque projection, nous filmons la mise en place, le déroulement et les débats, souvent animés, avec les spectateurs.

D'une façon générale, nous sommes avec René les animateurs de ces débats. Mais l'étonnante spontanéité du public, animé d'un désir de parole libre, nous dépasse quelquefois. Tant mieux : c'est à eux que nous voulons donner la parole. L'idée de transmission et de dialogue se trouve au coe“ur du projet. A partir d'une réflexion sur l'histoire et la mémoire, nous voulons parler du présent et de l'avenir avec les Algériens et tenter de construire une passerelle entre hier et aujourd'hui. Pour reprendre les mots de Vautier, notre intention est de faire du Cinémavec : un cinéma avec les personnes et non pas sur elles.

De cette évocation du passé, et en particulier de ce que fut le cinéma à cette époque - une arme importante, un instrument de mémoire et un art à son apogée dans les années 70 - nous constatons amèrement la situation difficile dans laquelle il se débat aujourd'hui. Nous partons à la rencontre de personnes et de structures qui font face à cette situation et de nombreux acteurs de la profession en témoignent. À ces témoignages viennent s'ajouter des séquences qui prennent la forme d'enquête. Le film est en quelque sorte tissé de différentes unités séquentielles qui se répondent, s'interrogent, se complètent. Différentes zones géographiques traversent le film, nous rendons ainsi compte des spécificités de chaque région. Notre documentaire permet de dresser différents portraits de gens combatifs et actifs et d'établir des passerelles d'une région à l'autre.

De façon récurente, le rôle et les actes de la France dans l'histoire de la (dé)colonisation créent une polémique ; la mémoire de la guerre d'Algérie reste douloureuse et fragmentaire. À l'heure où l'on s'interroge sur le passé colonial de la France, notre film se propose de fouiller la mémoire d'un pays qui fut pendant cent trente ans un département français. Nous avons tenté de montrer les traces de cette Histoire et les cicatrices qui subsistent encore, notamment dans le domaine du cinéma. Surtout, nous avons voulu donner la parole aux Algériens, qu'on n'entend pas ou trop peu.

LE CINÉMA SELON RENÉ VAUTIER

La figure de René Vautier, dans le paysage cinématographique français, se situe dans la mouvance des cinéastes marginaux, atypiques, intègres qui dérangent les institutions et ne répondent pas aux critères commerciaux. Cinéaste militant, engagé, non-conformiste, humaniste, convoyeur de paroles habituellement négligées, René Vautier a connu la censure sur une grande partie de son oeuvre.

Jeune résistant, il choisit de faire du cinéma et entre à l'IDHEC en 1946. La Ligue de l'enseignement lui commande un film sur la façon de vivre dans les villages africains. Il réalise alors, à 21 ans seulement, Afrique 50, considéré comme le premier film anticolonialiste français. Ce film plaidoyer contre le pouvoir colonial est une accusation hurlée aux spectateurs qui lui vaut treize inculpations et un an de prison. À l'époque d'une France fière de sa mission civilisatrice en Afrique, rares sont ceux qui manifestent ouvertement un sentiment d'indignation. La censure impose le silence et n'admet aucune déviance. Dès 1956, Vautier s'attaque à la guerre d'Algérie autour de laquelle s'organise une fois de plus, une censure implacable touchant tous les domaines médiatiques et bien sûr artistiques. Il tourne là-bas les premières et pratiquement seules images des maquis de l'Armée de Libération Nationale. De ces images de guerre sortent les films Algérie en flammes en 1957 puis Peuple en marche en 1962. Ces images lui attirent une fois de plus des démélées avec les pouvoirs en place : il passera 25 mois dans une prison FLN, en Tunisie. Après l'Indépendance, il reste en Algérie et contribue à la fondation du Centre Audiovisuel d'Alger sur les hauteurs de la ville (Ben Aknoun), première institution de formation aux métiers de l'audiovisuel du pays. Certains des grands noms du cinéma algérien tels Ahmed Rachedi, Mohamed Lakhdar Hamina ou encore Mohamed Bouamari en sont issus.

Parallèlement à ces activités, il met en place le dispositif des ciné-pops, séances des projections itinérantes de films traitant de problèmes sociaux ou politiques suivis de débat à travers le pays. Pendant quatre ans, jusqu'en 1966, le réseau des ciné-pops touchera durablement la mémoire des spectateurs. Dix ans après l'Indépendance, en 1972, il réalise Avoir 20 ans dans les Aurès dont le scénario s'inspire de témoignages de soldats français de la guerre d'Algérie. Primé à Cannes, ce film courageux fait scandale, il en satisfait certains et en offusquent d'autres. Caméra au poing, il s'est trouvé aux coeurs des luttes coloniales et sociales, en faveur de la paix, de la liberté d'expression et surtout de l'indépendance. On l'aura compris, pour lui, le cinéma est avant tout un acte civique, un engagement politique, non sans risques. Recueillir ses mémoires, tout en les mettant en perspective, c'est se confronter à l'Histoire.